Publié dans Amérique Latine

Petits mensonges entre amis

Le journaliste et écrivain brésilien Luis Fernando Verissimo aurait sans aucun doute été d’accord avec Fiodor Dostoïevski quand il disait que « la vie et le mensonge sont synonymes ». Et c’est bien vrai finalement, séparer ces deux éléments serait pure folie ! À quoi ressemblerait notre vie sans le mensonge ?

Verissimo est bien connu pour ses chroniques et nouvelles humoristiques qui ont été publiées dans de nombreux journaux au Brésil. Et c’est avec un ton léger et drôle qu’il aborde le sujet polémique du mensonge dans son recueil de nouvelles Les mensonges que racontent les hommes.

Dans ce livre, il dépeint de courtes scènes du quotidien qui reflètent nos propres petits mensonges au sein de la famille et du couple, entre amis et au travail. Ces anecdotes sont parfaitement trouvées et révèlent l’ambiguïté de cet outil, très souvent utile mais parfois dangereux. Il va s’en dire que, avec le regard juste et avisé de Verissimo, il est difficile de ne pas vous prendre au jeu en tant que lecteur et de ne pas reconnaître des situations qui vous sont arrivées ou qui pourraient vous arriver (en tant que menteur ou victime).

La première scène est sûrement la plus commune et à la fois le meilleur exemple :

« – Tu ne te souviens pas de moi ? Non, tu ne te souviens pas de lui. Tu cherches, frénétiquement, dans toutes les fiches archivées de ta mémoire, son visage et le nom correspondant et tu ne trouves pas. Tu n’as pas le temps de chercher dans l’archive désactivée. Il est là, en face de toi, souriant, les yeux illuminés, anticipant ta réponse. Tu te souviens ou pas ?
À ce point précis, tu as le choix. Il y a trois chemins à suivre. Le premier, court, grossier et sincère.
– Non. […]
L’autre chemin, moins honnête mais également raisonnable, celui de la dissimulation.
– Ne me dis pas. Tu es … tu es…
« Ne me dis pas » comme qui dirait « dis-moi, dis-moi ». Tu comptes sur sa pitié et sais que tôt ou tard il dira son nom […]
Et le troisième chemin. Le moins rationnel et recommandable. Celui qui mène à la tragédie et à la ruine. Celui que naturellement tu choisis.
– Bien sûr que je me souviens ! […] »

Mensonge ? Non ! Ce serait bien plus difficile pour cet autre d’entendre que je ne me souviens absolument pas de lui, que je n’ai pas donné d’importance à son passage dans ma vie. Je n’ai fait qu’essayer de lui éviter une déception certaine, peut-être même un affront.

Est-ce que l’on peut vraiment appeler mensonges ces petits adaptations de la vérité ? Ce ne sont que des pirouettes subtiles qui peuvent éviter des déceptions inutiles ou même de grandes catastrophes ! Les parents ne font que protéger leurs enfants, certains maris cherchent à éviter de trop grands tourments à leur femme et nombreux sont ceux qui veulent préserver des amitiés. C’est incontestable, ces mensonges sont indispensables pour protéger ceux qui nous entourent ! Ou pas…

Car finalement ce petit recueil de nouvelles nous montre qu’ils servent surtout à se protéger soi-même. Et Verissimo les expose et les analyse pour notre plus grand tourment.

Verissimo est un auteur talentueux, c’est indéniable. De par sa qualité d’observateur, il sait retranscrire avec beaucoup de légèreté, d’objectivité et d’humour la vérité (et le mensonge) du quotidien. Cette qualité en fait d’ailleurs l’un des écrivains et chroniqueurs brésiliens les plus connus (en 2003, il a été présenté par le journal Veja comme « l’auteur qui vend le plus de livres au Brésil »).

Connu par le public, il est aussi reconnu par ses pairs desquels il a reçu, au Brésil,  plusieurs récompenses pour son talent et son œuvre (notamment celles « d’homme des idées de l’année » et « d’intellectuel de l’année »).

Sa réputation n’est donc plus à faire ! Les mensonges que racontent les hommes est l’un de ses plus grands succès après L’Analyste de Bagé et Les Comédies de la vie privée. Il s’agit là d’un livre et d’un auteur incontournables pour ceux qui veulent se regarder le nombril d’un peu plus près et/ou ceux qui s’intéressent à la littérature brésilienne.

Son site internet contient de nombreux articles et chroniques, pour le régal de ceux qui lisent le portugais !

Luis Fernando Verissimo, Les mensonges que racontent les hommes, 2000

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