Publié dans Europe

Les derniers jours de Stefan Zweig

Les derniers jours de Stefan Zweig est un ouvrage écrit par Laurent Seksik et publié en 2010 chez Gallimard. Cette biographie est, parmi toutes celles qui sont dédiées à l’écrivain, originale : l’auteur ne revient que sur les derniers mois de la vie de Stefan Zweig, ceux précédant son suicide qui n’a eu de cesse d’interroger et d’émouvoir ses lecteurs d’hier et d’aujourd’hui.

Je ne suis pas habituellement familière des lectures biographiques. J’ai l’image (à tort, sans aucun doute) des biographies dont la rédaction est bien souvent plus descriptive que dynamique. Pourtant, celle-là n’a pas tardé à me contredire : Les derniers jours de Stefan Zweig mêle récit historique, faits réels et roman, ce qui en donne une lecture tout à la fois émouvante et passionnante.

Le récit biographique commence au mois de septembre 1941. Stefan Zweig et sa seconde femme, Lotte, s’installent au Brésil, à Pétropolis, après des années d’errance, entre l’Autriche, l’Angleterre et les États-Unis. Stefan Zweig, juif autrichien, n’a eu d’autre choix que de fuir, face à l’avancée des troupes allemandes en Europe. Ce grand humaniste européen, tiraillé entre la nécessité de fuir et la culpabilité d’abandonner les siens, croit pouvoir trouver au Brésil l’apaisement et le courage pour continuer d’écrire.

Pourtant, les nouvelles qu’il reçoit d’Europe, la rencontre d’amis en exil, et notamment de l’écrivain français Bernanos, ne parviendront pas à l’apaiser. Car « lui ne croit en rien, ni en Dieu ni en Roosevelt ». Il ne cesse de penser aux siens, et l’écriture devient pour lui un fardeau.

« Aujourd’hui, son esprit était sec, son encrier tari. Les mots se dérobaient, ses propres personnages le fuyaient. Le miracle était terminé. Dans son monde intérieur régnait une atmosphère de fin du monde. Aucune âme ne survivait plus. »

Sa seconde femme est également en proie aux doutes. L’ombre de la première épouse de Stefan Zweig, Friderike, plane sur le couple : elle tente, tant bien que mal, de construire avec son mari leur histoire, leur propre histoire, alors même qu’elle sait que la bataille est déjà perdue. Le Brésil ne sera pas un « début », un « renouveau » pour eux. Parce qu’elle l’avait surement pressenti, elle lui glissera à l’oreille « J’irais avec vous jusqu’en enfer ».

Septembre. Octobre. Novembre. Décembre. Janvier. Les mois passent, avec leur lot d’espoirs, de désillusions, et d’abattements. La fête du Mardi Gras à Rio aura été leur dernier souffle d’insouciance : « ils dansaient, ignorant le monde alentour, ignorant le passé et ignorant l’avenir ». Mais bien vite, le présent les rattrape : Singapour est tombée.

« Ils abandonnent à Rio leurs illusions grotesques. Ils se sentent coupables. Ils se sont montrés indignes. Ils ont ri, ils ont chanté, ils ont dansé. […] Plus rien ne les retient au bord de l’abîme. Il est temps de quitter ce monde. »

Laurent Seksik parvient avec talent à nous introduire dans les pensées, dans les émotions de cet auteur qui, bien que connu et reconnu de tous, se sent désespérément seul. Parce qu’il a abandonné les siens, il abandonnera la vie. La honte est un thème dominant de l’ouvrage, et son suicide ne sera qu’une fin « logique » à sa vie. Car, en réalité, « Zweig a la mort pour unique compagne ».

Laurent Seksik, Les derniers jours de Stefan Zweig, 2010

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