Publié dans Europe

Comment écrire la fin de l’histoire ?

Neuf ans avant la catastrophe de Tchernobyl, Robert Merle imagine la fin de notre société par le nucléaire dans Malevil.

C’est a priori un roman pas très drôle et traitant encore du thème de la fin du monde et de la survie de quelque uns. N’étant pas particulièrement fan de romans d’anticipation, j’ai donc longuement hésité avant de le lire. Et finalement, cette lecture s’est avérée être une bonne surprise.

Comme dans toute histoire de fin du monde, ce qui choque en premier c’est le scénario de destruction et de désolation. En 1977, une bombe atomique explose et détruit les alentours : les villes sont brûlées avec leurs habitants, les champs verts et prospères se transforment en déserts arides et poussiéreux, le ciel bleu a laissé la place à une masse de nuages gris sombre et l’odeur de brûlé est omniprésente. Le tout est totalement silencieux, privé d’animaux et d’activité humaine. On ne connaît pas la cause et l’étendue du désastre (accident ou guerre nucléaire, personne ne s’en souciera réellement).

Et comme toujours dans ces histoires, un petit groupe survit au désastre. Dans notre histoire, sept personnes ont survécu grâce à un château construit très profondément dans un rocher. Et, bien sûr, pour inclure un dernier élément de tension indispensable, ils découvrent que d’autres groupes ont survécu, que leurs ressources sont convoitées et qu’ils devront tuer pour subsister.

Jusqu’ici rien de bien original, Robert Merle nous présente des fils conducteurs très (voire trop) souvent utilisés, une position bien confortable. Quels sont donc les éléments de Malevil qui le différencient du lot ?

Ce que j’ai vraiment aimé dans ce livre, c’est sa réflexion sur la reconstruction d’une société à partir de zéro. Les personnages essaient de se baser sur les principes de société qu’ils ont connus (communisme, démocratie, religiosité ou athéisme), mais doivent assez rapidement faire des concessions et s’adapter aux nécessités qui règlent le quotidien. C’est donc l’émergence de la polygamie, de la tyrannie, de la violence physique et morale, de la guerre, etc. La conception de la société doit être complètement reconsidérée pour permettre la survie du groupe. La réflexion de Robert Merle sur la complexité de la création d’une société est sous-jacente à l’histoire, ce qui la rend subtile et intelligente. Je critiquerai quand même une vision un peu binaire de la société de la part de l’auteur, la bonne d’un côté et la mauvaise de l’autre. J’aurais aimé voir un peu plus de complexité dans la confrontation des modèles (mais on en veut toujours plus).

L’élément nucléaire est également essentiel puisqu’il apporte la tension nécessaire pour entrer dans l’histoire une fois pour toute : les sept personnages ont échappé à une mort d’une extrême violence pour peut-être subir une mort lente liée à la radioactivité des sols et de l’eau. L’auteur joue avec la sensation de délivrance des survivants qui nous mène à un point de tension extrême.

Et enfin, la conclusion de l’histoire (sans vous la raconter) est relativement bien trouvée. Comme posant la dernière touche de pinceau au tableau final, l’auteur remet subtilement en perspective la capacité humaine à s’autodétruire.

Globalement, le style de Robert Merle est élaboré tout en restant fluide, la lecture en est donc très agréable. Je me suis attachée aux personnages et à ses réflexions ; c’est un récit de peu d’espérance mais bien construit et encore d’actualité.

Robert Merle, Malevil, 1972

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